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1er Mai
2002
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1er Mai
2003
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Le premier rai de soleil du jour de
mai naissant paraît sur les tombes silencieuses de
Waldheim et découvre lentement le modeste monument
des cinq anarchistes qui succombèrent en novembre
1887 entre les mains du bourreau. C'est de la tombe commune
de ces cinq militants que surgit l'idée universelle
du Premier Mai.
Le terrible assassinat de Chicago
fut l'épilogue sinistre de ce grand mouvement qui se
produisit le premier mai 1886 dans tous les centres
industriels des Etats-Unis afin d'obtenir pour le
prolétariat américain, avec l'arme de la
grève générale, la journée de
huit heures. Ces cinq anarchistes, dont les restes reposent
sous la verte pelouse de Waldheim, furent les porte-voix les
plus vaillants et les plus audacieux dans la grande lutte
entre le capital et le travail et durent payer de leur vie
leur fidélité à leurs frères de
combat. Inspiré de l'esprit des cinq pendus, le
Congrès international de Paris, en 1889,
conçut la résolution de proclamer le Premier
Mai jour férié du prolétariat universel
et jamais une résolution n'a trouvé un
écho aussi puissant et enthousiaste au sein du grand
peuple des déshérités. On vit dans la
réalisation pratique de cette résolution un
symbole de l'émancipation prochaine.
Ni la rage aveugle des exploiteurs,
ni les misérables tentatives des politiciens
socialistes ne furent capables de changer le sens profond de
cette manifestation caractéristique ou de la faire
dégénérer. Comme une lueur ardente,
l'idée vécut dans le coeur immense du peuple
travailleur de tous les pays et ne put en être
extirpée, même durant les temps de dure
réaction. Car c'était une idée surgie
des profondeurs et qui devait maintenir solidement dans
l'esprit des masses un espoir luttant pour une expression
vivante et faisant appel à la vigoureuse conscience
des opprimés comme une pensée nouvelle,
l'idée resurgit du plus profond : ce n'est pas
d'en-haut que fleurira notre salut, c'est d'en-bas que doit
venir la force qui brisera nos chaînes et donnera des
ailes à notre aspiration.
Le Premier Mai est pour nous un
symbole, un symbole de la libération sociale par la
voie de l'action directe qui trouve sa forme la plus
achevée dans la grève générale.
Tous ceux qui souffrent la servitude et que la
préoccupation quotidienne de l'existence marque de
son empreinte, l'énorme armée de tous ceux qui
extirpent les trésors de la terre, travaillent sur
les hauts-fourneaux ou dirigent la charrue par les champs,
tous ces millions d'êtres qui doivent satisfaire le
capital, dans d'innombrables usines et ateliers, par un
tribut de sang, les travailleurs manuels et intellectuels de
tous les continents, tous seront partie de cette immense et
invincible association du sein de laquelle jaillira un futur
nouveau dès que la connaissance de sa
désolante existence s'encrera fortement dans la
conscience de chacun de ses membres.
Sur ses épaules, un monde
entier repose, elle tient le destin de toute la
société entre ses mains et sans sa force
créatrice, toute vie humaine est condamnée
à mort.
La vente de son travail et de son
esprit est la cause occulte de sa servitude et de sa
dépendance : le refus d'effectuer ce travail pour les
monopolistes doit par conséquent se transformer en
l'instrument de son émancipation. Le jour où
cette évidence illuminera l'esprit des
opprimés, ce jour sonnera le grand crépuscule
des dieux de la société capitaliste.
Le Premier Mai doit être pour
nous un enseignement qui apporte à la conscience des
travailleurs et des opprimés l'énorme
énergie qui est entre leur mains. Cette force prend
racine dans l'économie, dans notre activité
comme producteurs. La société naît
chaque jour de cette force et reçoit à tout
moment les possibilités de son existence même.
En cela, le membre d'un parti ne compte pas, mais bien le
mineur, le cheminot, le forgeron, le paysan, l'homme qui
produit les valeurs sociales et dont l'énergie
créatrice maintient le monde sur ses rails. Le levier
de notre force est là ; dans ce foyer doit être
forgée l'arme qui blessera à. mort le veau
d'or.
Nous ne parlons pas ici de la
conquête du pouvoir, mais de la conquête de
l'usine, du champ, de la mine. Car n'importe quel pouvoir
politique n'a jamais été autre chose que la
violence organisée qui impose aux grandes masses du
peuple la dépendance économique envers des
minorités privilégiées. L'oppression
politique et l'exploitation économique vont de pair,
elles se complètent et l'une ne peut exister sans
l'appui de l'autre. Il est absurde de croire que de futures
institutions gouvernementales constitueront un jour une
exception.
L'important n'est pas
l'étiquette extérieure, mais l'essence d'une
institution ; et la pire forme des tyrannies fut toujours
celle qui s'est exercée au nom du peuple ou d'une
classe. Par conséquent, toute véritable lutte
contre le monopole de la possession est en même temps
une lutte contre le pouvoir qui le protège et de
même que l'objectif du prolétariat militant sur
le terrain économique est l'abolition et la
suppression du monopole privé sous toutes ses formes,
son objectif politique doit être aussi la suppression
de toute institution du pouvoir. Celui qui utilise l'une de
ces formes pour anéantir l'autre n'a pas compris la
véritable signification du socialisme, et c'est
toujours l'application du même principe
d'autorité qui a été jusqu'ici la
pierre angulaire de joutes les tyrannies.
Le Premier Mai doit être un
symbole de la solidarité internationale, d'une
solidarité non limitée aux cadres de l'Etat
national qui correspond toujours aux intérêts
des minorités privilégiées du pays.
Entre les millions de salariés qui supportent le joug
de l'esclavage, il existe une unité
d'intérêts, quelle que soit la langue qu'ils
parlent et la bannière sous laquelle ils sont
nés.
Mais entre les exploiteurs et les
exploités d'un même pays, il existe une guerre
ininterrompue qui ne peut être solutionnée par
aucun principe d'autorité et qui prend ses racines
dans les intérêts contradictoires des diverses
classes.
Tout nationalisme est un
déguisement idéologique des véritables
faits : il peut dans un moment donné entraîner
les grandes masses vers ses représentants menteurs,
mais il n'a jamais été capable d'abolir de ce
monde la brutale réalité des
choses.
Les mêmes classes qui,
à l'époque de la Guerre mondiale,
tentèrent d'élever le patriotisme du peuple
jusqu'à l'exaltation, envoient aujourd'hui les
produits du travail du prolétariat allemand à
celui qui fut en d'autres temps "l'ennemi étranger",
tandis que les grandes masses manquent du plus
nécessaire dans leur propre pays. Les
intérêts nationaux des classes dominantes sont
mis en balance quand ils sont identiques aux
intérêts de leur porte-monnaie et qu'ils
produisent le pourcentage nécessaire. Si des millions
de pauvres diables ont laissé leur vie ou leurs
membres dans cette folie des grandes tueries des peuples, ce
ne fut jamais parce qu'ils voulaient payer telle ou telle
dette de l'honneur national, mais parce que leurs cerveaux
ont été maintenus dans les
ténèbres des préjugés
artificiellement créés.
Cette sanglante tragédie se
répétera, à moins que les ouvriers ne
prennent conscience des véritables ressorts de la
guerre et des pantalonnades nationalistes. La lutte
infatigable contre le militarisme, non les vulgarités
pacifistes, nous est donc nécessaire.
Tant que les travailleurs seront
disposés à produire les instruments de mort
violente et du massacre des masses, la " soif de sang, " des
peuples ne disparaîtra pas ; pour les esclaves qui
forgent eux-mêmes leurs chaînes, la
libération n'arrivera jamais. Ainsi le Premier Mai
est pour nous une puissante manifestation contre tout
militarisme et contre l'immense supercherie nationaliste
derrière lesquels se cachent les
intérêts brutaux des classes
possédantes.
Il faut créer un futur
nouveau sur les bases du socialisme libertaire, sous le
souffle ardent duquel les conceptions moribondes des temps
passés et les institutions rongées du
présent disparaîtront dans l'abîme de ce
qui a été, pour ouvrir l'ère de la
véritable liberté, de la véritable
égalité et de l'amour humain.
Nous célébrons le
Premier Mai dans ce sens, comme le symbole d'un avenir
prochain qui germera au sein du peuple
révolutionnaire pour racheter le monde de la
malédiction des dominations de classes et de
l'esclavage du salarié.
Rudolph Rocker - 1er mai
1936
Le 1er mai, journée
internationale des travailleurs(euses), commémore les
luttes de la classe ouvrière à travers le
monde. Cette journée est reconnue dans tous les pays,
sauf aux Etats Unis et au Canada, ce malgrè le fait
que ce jour fut chomé pour la première fois
dans les années 1880 aux Etats Unis, lors d'une lutte
pour une journée de travail de 8 heures.
En 1884, la Federation of Organized
Trades and Labor Unions, déclara comme
légitime et légale la journée de 8
heures, et ce à partir du 1er mai. La
résolution de la fédération syndicale
appelait à la grève générale,
seul moyen d'obtenir satisfaction, tous les autres recours
ayant echoué.
La base, constituée
d'ouvrier(e)s travaillant, sous la contrainte, dix, douze,
quatorze heures par jour, appuya très tôt cette
résolution et le mouvement prit rapidement une
ampleur considérable, malgrè les
rétissances et l'hostilité des leaders
syndicaux. En avril 1886, 250 000 travailleurs(euses)
étaient engagé(e)s dans le mouvement de
mai.
Chicago était au cur
du mouvement, organisée dès les premiers jours
par l'International Working People's Association,
organisation anarchiste. Les milieux d'affaires et
l'état, affolés par le caractère
révolutionaire et insurrectionel grandissant de ce
mouvement, s'associèrent afin de mettre en place la
contre-offensive. La police et les milices grossirent en
nombre et en moyens, financées par le patronat local.
La chambre de commerce de Chicago finança l'achat
d'armes à feu pour la Garde Nationale de l'Illinois
à hauteur de $2000.
Cependant, au 1er mai, le mouvement
avait encore grossi et compait dans ses rangs de
nombreux(ses) travailleurs(euses) du textile, des
manufactures de chaussures, de la sidérurgie
.Le
3 mai 1886, la police tira sur la foule à la
McCormick Reaper Work Factory, faisant 4 victimes et
blessant de nombreuses personnes. Les anarchistes
appelèrent immédiatement à un
rassemblement massif le jour suivant dans Haymarket Square
pour protester contre les brutalités
policières.
Le rassemblement se déroula
sans incident et la foule commença à se
disperser sous la pluie, alors que les derniers orateurs
commençaient à quitter l'estrade. C'est alors
que 180 flics pénétrèrent dans le parc,
ordonnant aux ouvrier(e)s de se disperser. Une bombe fut
jétée sur la police, tuant un des leurs et en
blessant 70 autres. La police répondit en tirant
à vue, tuant une personne et en blessant de
nombreuses autres.
Bien que le(a) coupable ne fut
jamais identifié(e), l'accident servit de
prétexte pour réprimer durement l'ensemble du
mouvement ouvrier. La police mit à sac les
habitations et les bureaux de militant(e)s
suspecté(e)s d'être des radicaux(les) et des
centaines de personnes furent arrêtées sans
motif.
Les anarchistes furent tout
particulièrement visé(e)s par ce harcellement
et 8 d'entre eux furent accusés de conspiration et de
meutre dans le cadre des évènements de
Haymarket Square. Une pseudo court de justice les
déclara tous coupables, malgrè l'absence
totale de preuve (un seulement était présent
au rassemblement et il était sur l'estrade). Ils
furent condamnés à mort. Albert Parsons,
August Spies, Adolf Fischer et George Engel furent pendus le
11 novembre 1887. Louis Lingg se suicida en prison. Les 3
autres furent graciés en 1893.
Il n'y a rien de surprenant
à ce que l'état, les milieux d'affaires, les
leaders syndicaux et les media veuillent cacher la
véritable histoire du 1er mai, le caricaturant et le
réduisant à une cérémonie
organisée tous les ans sur la Place Rouge à
Moscou. Dans sa tentative d'effacer de l'histoire le 1er
mai, le gouvernement américain a
déclaré ce jour "Law Day" (law:loi), une
journée vidée de sa signification et de son
importance historique pour la classe ouvrière. Mais,
plutôt que d'avoir éradiqué les
mouvements radicaux, les évènements de 1886 et
l'exécution des anarchistes de Chicago ont fait
naître des générations de militants.
Emma Goldman, jeune militante à l'époque, a
vue naître en elle une nouvelle conscience politique
suite aux évènements de Haymarket. Lucy
Parsons, la veuve de Albert Parsons, en appela aux pauvres
et à leur colère pour qu'enfin les
véritables responsables des malheurs du monde soient
dénoncés: les riches.
Plutôt que de
disparaître, le mouvement anarchiste a grossi dans le
sillage de Haymarket, donnant naissance à de
nombreuses organisations dont l'IWW.
En mettant une chape de plomb sur
l'histoire du 1er mai, le camp du pouvoir et de l'argent
occulte toute une partie de l'héritage des
travailleurs du monde entier. Ils ont peur de ce qu'un
mouvement similaire pourait accomplir aujourd'hui et ils
tuent dans l'uf toute tentative d'organisation
collective dès qu'ils le peuvent et partout où
ils le peuvent.
En tant que travailleurs(euses),
nous nous devons de commémorer le 1er mai, non
seulement pour l'histoire, mais aussi parcequ'il est temps
pour le peuple de s'organiser.
IWW
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